Famille de Carbuccia

Jean-Luc Carbuccia et la pacification du Sahara

jeudi 24 juillet 2008 par Cyrille

Si le Sahara a pu être pacifié rapidement, sans trop de difficultés, de sacrifices en vies humaines, en argent, ce fut grâce aux compagnies de méharistes, ingénieusement organisées et employées. Mais quels que fussent le courage et l’ingéniosité des chefs, ils n’auraient rien pu faire s’ils n’avaient eu entre les mains l’instrument de cette organisation : le dromadaire. Le colonel Carbuccia n’avait pas oublié que Bonaparte avait créé, lors de l’expédition d’Égypte, un régiment de dromadaires. Il réclama la substitution des chameaux aux chevaux et aux mulets dans les colonnes militaires. L’académie des sciences couronna son livre Du dromadaire comme bête de somme et comme animal de guerre. Quand il guerroyait en faveur de l’utilisation militaire de cet animal, Carbuccia ne pouvait pas prévoir qu’il s’écoulerait encore un demi-siècle avant que ses idées ne finissent par trouver leur consécration. L’homme qui les fit triompher fut le général Laperrine, pacificateur du Sahara.
Passionnément archéologue, il conçut le grand projet de reconstituer, dans toute l’étendue de son commandement la géographie de la province romaine, les bornes de délimitation, dirigea les travaux, s’entoura de collaborateurs de talent et dressa une carte d’une grande précision.

Refusant qu’on édifiât un pénitencier militaire, il releva de ses ruines la ville de Lambèse, l’ancienne capitale militaire de la Numidie. Ayant trouvé enfouis dans les décombres et le sable, les statues d’Esculape et de Jupiter il les fit conduire à Batna sur les voitures du train des équipages, décorées de lauriers roses. Les tambours battirent « Aux champs », leur rendant les derniers honneurs.

A Lambèse avait séjourné la légion Auguste vengeresse, ainsi nommée parce qu’elle avait vengé les désastres subis par Varus. Arrivant à Lambèse, Carbuccia aperçut dans le voisinage de l’ancien camp romain, le mausolée en ruines du préfet de la IIIe légion, Quintus Flavius Maximus. Il ordonna qu’on relevât l’édicule, puis, à la tête de son régiment, défila devant le tombeau de cet antique frère d’armes et fit rendre les honneurs militaires à ce soldat de Rome par les soldats de la France. « Il sied d’admirer Carbuccia pour ce seul fait écrit l’académicien Louis Bertrand dans Les Villes d’or.
Son acte revêt une haute signification historique. Il n’est sans doute pas le premier officier français qui ait eu, en Afrique, devant une ruine romaine, le sentiment de la continuité latine. D’autres, avant lui, avaient certainement entrevu, dans ces vénérables débris, nos titres de noblesse de premiers occupants de la terre. Mais ce Corse en se proclamant, devant le mausolée de Flavius Maximus, l’héritier et le successeur du Romain, a véritablement renoué l’Histoire interrompue. Comme le moderne César, son compatriote, il a revendiqué, pour les Gaules, l’héritage latin à l’abandon. »

Rentré en France, Carbuccia, à quarante quatre ans, est promu général et nommé à Tulle, mais l’empereur tient à la conserver à Paris, où il lui donne un commandement. Dès les premières nouvelles de la guerre avec la Russie, de l’expédition de Crimée 1854-1855, il demande à y participer. Il reçoit le commandement de la brigade de la Légion étrangère, composée de deux régiments. Aussi vit-il dans cette nouvelle mission « un moyen de justifier l’honneur qui lui était fait par de nouvelles années d’études et de recherches archéologiques ».

A Varna, une épidémie de choléra décime le corps expéditionnaire. Son compagnon d’armes, le général duc d’Elchingen, fils du grand Ney, est atteint et meurt d’une façon foudroyante. Carbuccia assiste à ses obsèques et lui rend les honneurs militaires, prononce une courte allocution sur le cercueil de son ami. Rentré chez lui, contaminé lui aussi, il meurt en quelques heures, le 17 juillet 1854, à l’âge de 46 ans.


Accueil du site | Contact | Plan du site | Espace privé | Statistiques | visites : 71656

Site réalisé avec SPIP 1.9.2e + ALTERNATIVES

     RSS fr RSSHistoire de notre famille   ?

Creative Commons License