Famille de Carbuccia

Jean-Luc de Carbuccia :Psychothérapie ou pseudothérapie de groupe (1)

Revue Education et Développement septembre 1979

mercredi 9 mai 2007 par Cyrille

Le groupe est l’une des découvertes les plus enrichissantes du XXe siècle. Depuis Durkheim on ne cesse de développer des connaissances sur ses propriétés, ses vertus et ses dangers.

Le groupe (même racine que grappe) est un ensemble de personnes dont la cohérence se traduit par des attitudes, des comportements, et un objectif commun. Intercation entre ses participants, vie affective commune, participation de tous, même inconsciente, en fait une réalité. L’effectif maximum du groupe primaire ou petit groupe ne dépasse pas une vingtaine de personnes, le nombre optimum se situant entre sept et dix. Sa caractéristique est de permettre à tous ses participants d’entretenir des rapports interpersonnels.

On a tendance à attribuer trois types d’activités aux groupes primaires :
1- de travail,
2- de formation,
3- de thérapie.

I. Le groupe de travail est orienté vers la tâche, le but économique, pédagogique, sportif, etc. Ses activités sont fonction de l’objectif à atteindre. Les problèmes d’organisation y priment. A la limite, comme le soutint Durkheim, la personnalité du groupe est indépendante de ses membres : division des tâches, système des valeurs, structure des rôles. Le tout est supérieur aux parties.

On s’applique depuis Moreno à en améliorer l’activité, notamment en la réexaminant en fonction des personnalités, des compétences et des exigences du travail. La sociométrie étudie les réseaux formels et informels qui le composent et leurs interférences.

Les sociologues s’efforcent d’appliquer l’organigramme officiel au sociogramme des relations réelles interpersonnelles.

C’est dans une trop grande dépendance de l’objectif, des matières que réside ici le danger.

II. Le groupe de formation entraîne — d’où training group, T. group — ses membres à la socialisation. Ses activités sont orientées vers sa cohésion : encouragement de la participation de tous, aisance de la communication, harmonisation des rapports, solidarité, etc. Son travail se situe plus à un niveau affectif qu’en rapport à des idées et des décisions. Il se vit dans « l’ici et le maintenant » sans références à un objectif ou une contrainte extérieure et dans une atmosphère de tolérance exceptionnelle. Il y a interdépendance des membres. La nature de l’ensemble est affectée par les éléments qui le composent et réciproquement. Si l’un vient à changer, le groupe sera différent.

Ce groupe porte en lui sa propre évolution et sa dynamique formatrice. La dynamique des groupes (Kurt Lewin) est considérée comme une nouvelle science de l’interaction humaine. Le moniteur est peu dirigiste, les méthodes variées et peu fixes.

Les psychosociologues s’efforcent d’adapter l’individu au groupe et par là à tout environnement social. C’est dans une trop grande dépendance de ce groupe que réside pour ses membres le danger.

III. Le groupe de thérapie est centré sur l’expression et la satisfaction des besoins individuels des participants. On y réagit plus aux sentiments ressentis qu’à ce qui est conscient et dit. Chacun expérimente, observe et peut obtenir une image de soi proche de l’évaluation extérieure objective. C’est pourquoi on l’appelle parfois Groupe de Rencontre. C’est à ce type de groupe que des innovateurs tels que Carl Rogers et William Schutz ont fini par le plus s’intéresser.

On va jusqu’à parler de thérapie des biens portants à propos de cette découverte de soi dans le groupe.

Les psychothérapeutes de groupe s’efforcent d’aider leurs clients à s’ouvrir à la réalité.

C’est ici dans une trop grande dépendance de l’animateur que réside pour les participants le danger.

Sans pour autant perdre leur spécificité, les trois dimensions du groupe esquissées ci-dessus se retrouvent dans la plupart des groupes avec des dominantes variables. Aussi a-t-on souvent tendance à les confondre. Le texte suivant représente la position radicale des partisans de la pureté du Groupe de Rencontre.

Psychothérapie Aliénante

Après l’engouement de la nouveauté, le Groupe de Rencontre est en crise. Multiplication anarchique des « styles d’animation », confusion des genres, déceptions, pépins ne se comptent plus. Il est temps de trouver les principes de cette procédure qui s’est spontanément développée chez les Anglo-saxons. L’honnêteté, la cohérence et l’efficacité de la pratique le réclament.

Force est de convenir que les premiers responsables du désordre sont les animateurs. Ne parlons pas d’amateurs pris pour animateurs ni de mages nageant dans l’extrasensoriel mais de praticiens sérieux qui, engagés dans les méandres de la psychothérapie et de la sociothérapie, ratent la rencontre du Groupe et laissent les participants, désemparés, à mi-chemin du parcours intérieur.

Le Groupe de Rencontre engage le participant corps et âme. Il n’est pas réductible à une science quelconque. Toute observation en est réduction et trahison. Sociologues et psychologues qui s’en disputent le contrôle ne parviennent à en rendre compte qu’à coups d’étiquetages et de classifications contradictoires.

Il y a Groupe de Rencontre lorsque la disponibilité et la profondeur de rapports entre participants— sept à douze, d’origine indifférente, de préférence ne se connaissant pas — leur permettent de réagir spontanément au besoin congénital de supériorité de chacun. Arrachés à la solitude et à la monotone apologie de soi-même, contraints d’affronter leurs peurs et leurs refus inavoués, au-delà de leurs vérités paravents, ils découvrent, abasourdis et éblouis, les évidences de la réalité et la joie pure d’exister.

Entraînant participation, réceptivité, solidarité et spontanéité maximales, le Groupe de Rencontre est la forme suprême du Groupe. Il résume, intensifie et résout les rapports des participants avec le monde. On y fait entièrement confiance aux fonctions créatrices et régulatrices de la vie et non à une autorité quelconque. Il fonctionne comme un jeu de miroirs reflétant la lumière, dont la convergence consume les scories individuelles qui se font jour. La clarté transparaît au cours d’un processus précis auquel tout participant se soumet faute de quoi il fait obstacle : chacun participe de la manifestation de la réalité en se dégageant de ses propres vérités, opinions et prétentions pour libérer ses ressentis (colère, désir, dégoût, crainte, tendresse, etc.) et réaliser, le temps d’un éclair, le senti, reflet calme et pur de la vie avant réfraction dans la caverne, cœur de la rencontre des participants. Il y a alors consensus.

Il n’est pas de place dans cette alchimie pour le psychothérapeute dont la religion interdit la pleine implication, négative comme positive. L’évidence du senti rend dérisoire tout décodage. L’analyse freine l’intériorisation. Le regard froid du praticien gèle le flux des expressions. Sa neutralité décourage l’émulation. L’accumulation de ses connaissances le détourne de l’intuition. Sa façade de bienveillance permanente bloque le changement naturel des humeurs.

De Freud à ce jour, aucun subterfuge, aucune dialectique n’a permis de résoudre l’antagonisme sujet-objet qui mine la psychothérapie.

Jean-Luc de Carbuccia
à suivre


Accueil du site | Contact | Plan du site | Espace privé | Statistiques | visites : 71656

Site réalisé avec SPIP 1.9.2e + ALTERNATIVES

     RSS fr RSSPublications   ?

Creative Commons License