Famille de Carbuccia

Saint-Jean-Pied-de-Port - Roncevaux

Pélerinage à Saint Jacques de Compostelle

mardi 1er février 2005 par Cyrille

1er février 2005 : Retardé à Paris par des grèves de la SNCF, je ne retournai à Saint-Jean-Pied-de-Port que dans la nuit du 31 janvier. Je pris à 10 heures la route du Roncevaux, le chemin étant déconseillé en hiver.

Le brouillard était oppressant, mais la marche m’animait. Toute manifestation de vie m’encourageait, moutons gonflés de laine, arbres s’élançant vers le ciel, crottins des chevaux de pèlerins, respiration du torrent qui venait d’où j’allais.

J’avais omis de me couvrir la bouche et le nez d’un passe-montagne. Passé la frontière espagnole, après une montée de mille mètres en trente kilomètres, la poitrine fut oppressée, les poumons dans lesquels s’engouffrait l’air glacial se mirent à brûler. J’étouffais à chaque nouvelle respiration. Je m’arrêtais à chaque pas. La tête commençait à tourner. Le coeur ne pouvait plus réchauffer le corps.

La nuit tombait. Les dernières voitures étaient passées à toute vitesse depuis longtemps.

Je m’arrachai à la tentation de m’allonger dans la neige et de suivre en pensée le chemin des étoiles qui brillaient vers Compostelle.
Penché sur mon bourdon pour me maintenir debout, je bavais dans mes gants.

J’avais perdu la maîtrise de mon corps. Mon esprit était calme et léger. Dévoré par une intense curiosité, je me demandai comment intercèderaient la Vierge Marie et le frère aîné de l’apôtre bien aimé [1]. vers qui j’allais. Un léger voile bleu sembla flotter dans l’obscurité. Je ne les invoquai pas. Ils étaient là.

L’interdit de l’auto-stop profondément ancré dans la conscience lâcha. Libéré de l’amour-propre, je réalisai que la seule chance qui m’était offerte dépendait d’un automobiliste attardé. Je me plaçai sans hésiter au beau milieu de la route.

Aussitôt sorti de l’ombre ; remontant vers Roncevaux une voiture s’approcha lentement. Le chauffeur du taxi libre me chargea et me déposa deux kilomètres plus loin au pied de la gollégiale qui depuis le XIIeme siècle héberge les pèlerins.

Je demandai à mon sauveur ce que je devais pour la course. « Vous ne devez rien, c’est saint Jacques qui vous l’offre », me fut-il répondu.

L’hospitalier du monastère devant qui je me présentai me donna la "credential" permettant aux pèlerins non automobilistes d’être hébergé en Espagne quasi gracieusement et selon leurs moyens dans les refuges religieux, associatifs, paroissiaux et privés. Ce carnet, timbré à chaque étape, est convoité par de nombreux faux pèlerins, ce qui pourrait expliquer le chiffre de 42.000 enregistré à Roncevaux en 2004. La "Compostelle" est donnée au bureau des pèlerins de la cathédrale de Santiago à tout pèlerin produisant ce carnet et ayant parcouru au moins les 100 derniers kilomètres à pied ou à cheval ou 300 kilomètres en deux roues, "devotionis affectu, voti vel pietatis causa".

Je m’appliquai à le signer de mes dix doigts encore raidis, puis allai au restaurant voisin boire deux verres de vin doux, qui me redonnèrent la vie.

A 20 heures avec Dan, un jeune pèlerin récemment converti, venu du Wisconsin, USA, nous assistions à la messe et à la bénédiction des pèlerins dont le texte fut fixé au Moyen-Âge.

[1] Saint Jacques le Majeur est le frère aîné de Saint Jean l’Evangéliste


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