Famille de Carbuccia

Jean-Luc de Carbuccia : Psychothérapie ou pseudothérapie de groupe (2)

Revue Education et développement septembre 1979

jeudi 10 mai 2007 par Cyrille

Groupe sans frontières :

Intégration de l’individu au groupe se traduit par l’intégration du groupe par le moi et hostilité au hors groupe. Socialisation certes, plaisir de la relation, mais dans le miroir du narcissisme. Ce groupe de complices, refermé sur soi est singulier. C’est un groupuscule. Qu’il se dénoue et les participants se retrouvent Gros Jean comme devant.

Le Groupe n’est actif et transformateur de chacun que s’il fonctionne sans alibi ni références extérieures, que s’il est non pas dans le monde, mais le monde, ce non-moi illusoire que crée et repousse sans trêve notre moi et dont la confrontation directe nous démystifie et libère. Il n’est pas alors de résonance plus proche, plus vaste et plus profonde de nous-même, ni remède plus moderne à la maladie de l’esprit.

Le Groupe de Rencontre ne reconnaît pas d’objectif collectif. Les participants ne mettent en commun que l’aveu déterminé de leur subjectivité. L’interdépendance y tend à zéro. Sa composition et son évolution importent peu à la procédure. Son animation n’est justifiable ni de la sociologie ni de la dynamique des groupes. Chacun y est son propre but. Chacun pour soi la procédure pour tous.

Superstition de l’animateur

Mais très souvent le Groupe est irresponsable.

Quiconque d’attentif à soi-même y trouve la croyance implicite en quelque chose de supérieur, tête indûment placée au-dessus de la sienne, personnalisation face à sa personne du non-moi fabuleux et tout-puissant dont l’image du père de la psychanalyse est une des représentations.

Il est tentant d’attribuer à l’animateur le rôle de Maître du destin aux dépens de la réalité du Groupe. En s’y substituant ce mauvais père offre le plus dangereux alibi. Il encourage la peur et le besoin de sécurité des participants qui recherchent sa protection et les prive de la confiance dont ils l’investissent dans l’affrontement et la résolution de leurs conflits.

Animateur-mateur

L’animateur livré à lui-même réagit en vain à cet état de choses. Sa bonne volonté n’y peut rien. Ni la technique. Distanciation est exclusion ? Ni les catégories. Le « leader démocratique », cet expert, n’est-il pas un technocrate ? Ni les théories. Son meurtre est purement symbolique. Pas plus que quiconque, il n’échappe au besoin tyrannique de toute-puissance du moi. Entre participants et lui il y a risque d’entente d’arrière pensée, ou plutôt semi entente car il élude les rejets et n’accueille que les projections positives. Les exercices n’y changent rien.

La soumission à la procédure est humilité, la soumission à l’animateur humiliation. Ce groupe là, troupeau monstrueux de moutons à tête de cochon, tourne dans le cercle vicieux de la révolte et de l’impuissance.

Se sentant supérieur, cet animateur commande et craint. L’animation lui tient lieu de refuge, quand elle ne vire pas à l’animosité. Fort de « sa science » il prend du recul et recule. L’amour-propre gagnant, il s’écarte de la procédure reconnue et perd confiance en elle. Après avoir voulu la contrôler il s’y substitue, amalgame un pot-pourri de techniques, expérimente des recettes, n’en fait qu’à sa tête, joue avec le feu. Pour se rassurer et convaincre. L’apprenti-sorcier cherche des résultats spectaculaires, force les natures, culpanalyse, psychanazise, triche avec la vie.

Son expérience, « ses progrès » même se retournent contre lui. Ses compensations s’affinant, ses manipulations deviennent plus subtiles, moins perceptibles. Pour consacrer l’abus de pouvoir, l’animateur dévoyé finit par s’attribuer les pâles mérites d’une procédure dégradée.

Ce groupe n’est au mieux qu’une troupe.

Hors de la procédure, point de salut

Au besoin ordinaire d’être le meilleur, le Groupe de Rencontre offre à l’animateur la satisfaction d’être le premier à s’animer, le meilleur des participants ; il l’en défie en permanence : ni doigt qui montre (moniteur), ni main qui pince (manipulateur) mais, corde qui vibre à la résonance de la quelle les autres s’animent.

Comme tout un chacun, l’animateur bénéficie des effets d’une pratique qui fait ses preuves depuis des années. Sans cesse démystifié il est moins privilégié, sclérosé, inhibant. Premier serviteur d’une procédure souveraine, au respect de laquelle il est aussi bien rappelé que ses pairs — et mieux que par l’observateur du coin —, il risque moins d’en être le maître, le bâton dans la roue.

Alors s’épanouissent les bienfaits inépuisables du contrat passé entre l’homme et le Groupe, anti-corps de la foule.

Est-on jamais « au clair avec soi-même » ? Brevets, techniques et grades n’assurent pas l’humilité toujours défaillante. L’animateur qui en doute doit se mettre à l’épreuve du Groupe confraternel de Rencontre pour découvrir, lui aussi, qu’il est porté, comme tout détenteur de pouvoir, à en abuser.

Jean-Luc de Carbuccia


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